La catéchèse de cheminement

De quoi s'agit-il exactement?

 Est-ce un nouveau parcours catéchétique?  Un programme d'enseignement religieux?  Une dynamique d'ensemble?  Découvrez la signification de cette expression au centre du Projet diocésain d'éducation à la foi à tous les âges de la vie Proposer aujourd'hui Jésus Christ.

Clarification des termes

Dans l'esprit de la majorité des québécois catholiques, la catéchèse se rapporte à l'école: ce mot a donc une connotation de notions à apprendre.  Cette situation est due au fait que depuis les années 60 et jusqu'au milieu des années 80, la catéchèse était une matière scolaire assurée par les titulaires du primaire et par des spécialistes au secondaire.  Et même si depuis 1985 et jusqu'à aujourd'hui la catéchèse scolaire s'est transformée en enseignement religieux, avec une coloration culturelle marquée, nombre d'enseignants et de parents continuent de parler de l'enseignement de la catéchèse.

La catéchèse est une activité centrale de l'Église.  Elle consiste à faire résonner la Parole de Dieu dans la vie des personnes, qu'elles soient au début d'un cheminement, au stade de l'éveil, qu'elles soient en processus d'initiation à la foi chrétienne ou qu'elles aient la préoccupation d'approfondir la foi de leur baptême.

Cette activité de l'Église se réalise par compagnonnage de disciples, à travers des bouts de chemin, tantôt ponctuels à l'occasion d'événements de la vie, tantôt plus structurés en particulier dans le cadre de l'initiation chrétienne.  Ils peuvent être marqués par la liturgie ou l'engagement dans la société.  Toujours, la Parole de Dieu est centrale.

Vers une définition

Le terme "catéchèse de cheminement" proposé comme orientation globale du projet diocésain d'éducation à la foi peut paraître ambigu.  Plusieurs s'imaginent qu'il s'agit là d'un autre parcours qui remplacera ceux déjà mis en place dans plusieurs communautés chrétiennes.  Il n'en est rien.

La catéchèse de cheminement n'est pas une méthode: elle est plutôt une dynamique, un esprit neuf circulant dans la communauté chrétienne qui assume sa responsabilité d'éveiller à la foi et de former à la vie chrétienne.  Elle trouve sa source et son point d'appui dans la Parole qui travaille une communauté et l'interpelle à prendre la suite de l'annonce.

La catéchèse de cheminement touche donc directement la gestion de la proposition de Jésus Christ qui est au coeur du projet diocésain.  Sa pertinence pour aujourd'hui tient entre autres de son accent mis sur le cheminement de foi de sujets et de son approche globalisante.  Elle appelle au travail en réseau de la part de ceux et celles qui portent les différents volets de l'expérience chrétienne (voir, célébrer, partager, transformer).

Une dynamique d'accompagnement

La dynamique de la catéchèse de cheminement s'appuie sur les sept repères suivants, que l'on retrouve dans le document diocésain Proposer aujourd'hui Jésus Christ:

1.    Une démarche

La catéchèse de cheminement mise sur une démarche à la fois personnelle et communautaire. Par l’activité catéchétique et liturgique d’une communauté, le Credo, de parcours en parcours, devient de plus en plus celui d’un sujet qui se l’approprie à son rythme et qui grandit avec d’autres, dans la foi. On passe du «croire comme» au «croire avec». (1)

 2.    Décloisonnée

Cette catéchèse de cheminement est une catéchèse à «aires ouvertes» où on s’entend parler, à tous les âges de la vie. Elle n’est donc pas réservée aux seuls enfants. Elle concerne jeunes, aînés, personnes seules, familles aux mille visages et aux différentes étapes de leur vie, où on se nourrit ensemble à travers des approches, des lieux d’expérimentation diversifiés.

 3.    Intergénérationnelle

 Par ailleurs, la fragilité des relations, l’éclatement des familles suscitent une recherche de nouvelles solidarités dans une communauté. En favorisant la transmission du «meilleur», l’espérance qui fait vivre, la rencontre des âges s’offre comme un chemin d’avenir sûr, la foi étant d’abord mystère de rencontre, et non pas notions à assimiler.

 4.    Axée sur la personne

 Cette catéchèse «vise à soutenir le cheminement du sujet croyant plutôt qu’elle n’est guidée par une séquence prédéfinie de contenus à transmettre».(2)  «Dans la catéchèse, le destinataire doit pouvoir se manifester comme un sujet actif, conscient et coresponsable, et non comme un récepteur silencieux et passif».(3)   Le rythme, la capacité d’accueillir de la personne, son désir, ses centres d’intérêt règlent le «dosage» et la nature de la nourriture spirituelle proposée. On ne peut faire l’économie d’aucun moment, éveil ou initiation, sous peine de saturation ou de «placage» sans remise en question.

 La transmission emprunte le chemin de l’initiation chrétienne qui interpelle toute la personne (corps, coeur, esprit) et la transforme en disciple oeuvrant avec d’autres au chantier du Royaume. Cette démarche globale, multidimensionnelle, semble développer davantage la personnalité chrétienne du catéchisé que d’autres approches plus notionnelles.  

5.    Permanente

De la petite enfance à la mort, la vie de foi, comme la vie, a besoin pour grandir de stimuli, de nourriture, de confrontations, de questionnements, de relations. À notre époque et plus que jamais, l’initiation chrétienne est un début et non une fin. Elle ouvre un cheminement, un pèlerinage, une conversion qui traverse toute l’existence.

 6.    Dans l’esprit du catéchuménat baptismal

 La catéchèse de cheminement s’inspire du modèle du catéchuménat baptismal qui a fait ses preuves dans un contexte de non-chrétienté. Sa force est de cheminer vers une rencontre, celle de Jésus Christ. Ce modèle part de la source, l’événement mort-résurrection, et met en relief la dimension pascale de la foi, en la faisant expérimenter. Le rythme de la marche est marqué d’étapes liturgiques, sortes d’oasis qui ouvrent sur la suite de l’itinéraire. Le temps favorise le mûrissement. La découverte de l’essentiel de la vie de foi se fait en dialogue avec des personnes et une communauté soutenant la marche. La célébration des sacrements de l’initiation n’est pas un point d’arrivée mais une ligne de départ. Le dernier temps de cette démarche catéchuménale donne aux nouveaux initiés, l’occasion d’être accompagnés dans leurs premières expériences comme chrétiens; ainsi l’Église donne le signal que la maturation de la foi est affaire de toute une vie. À cet égard, le catéchuménat de Montréal et ses 35 ans de fécondité dans une société qui prenait peu à peu ses distances par rapport à la foi, n’est-il pas une ressource et un lieu d’apprentissage «porteur d’avenir» pour les communautés appelées à développer une pareille dynamique? La même intuition, reprise par l’Office de la famille, guide depuis 1982 une approche catéchuménale de préparation au mariage.

 7.    Un cheminement bâtisseur de communauté

La famille demeure le pôle d’attraction le plus important pour la transmission du désir, de l’intérêt pour la vie de foi. Mais la communauté s’engageant dans une catéchèse de cheminement multiplie la force de contagion de la famille, la soutient ou en prend le relais. Elle favorise le partage, la complicité et la mise en commun des talents. La catéchèse fleurit dans une communauté aimante. Cette communauté se revitalise en accueillant et en catéchisant. Elle est aussi catéchisée par la réponse de ceux qu’elle catéchise; avec eux elle progresse. La catéchèse de cheminement, comme projet intégrateur, pourra devenir alors structurante pour l’ensemble de nos communautés chrétiennes et favoriser la circulation de la vie.


[1] André Fossion, cité par Henri Derroitte, Peut-on, penser une catéchèse pour les tout-petits?, 7 janvier 2003, à l’Institut de pastorale des Dominicains

[2] AEQ, Orientations pour la formation à la vie chrétienne, octobre 2002, p.42

[3] Directoire général de la catéchèse no 167

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